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Foot For Love
Taclons la lesbophobie!
associations | Foot féminin | Les Dégommeuses | militantisme | sport | 05.05.2015 - 11 h 35 | 0 COMMENTAIRES
Rencontre-débat 19 mai 2015: « Prouve-nous que tu es une femme »
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L’association Les Dégommeuses a le plaisir de vous inviter à la deuxième séance de son cycle de rencontres-débats  « Femmes, genre et sport »

« Prouve-nous que tu es une femme »

Tests de féminité et autres formes de contrôle médical du corps des sportives

 

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Anaïs Bohuon : « La fabrique médicale des sportives »

Anaïs Bohuon est Maître de conférences UFR STAPS Paris Sud. Elle est notamment l’auteure de « Le test de féminité dans les compétitions sportives » (Editions iXe, 2012).

Chantal Bournissen : « Le point de vue d’une ancienne sportive de haut niveau »

Chantal Bournissen a gagné la Coupe du Monde de descente de ski en 1991. Elle est professeure à la Haute Ecole de Travail Social du Valais (Suisse).

Le mercredi 19 août 2009, la jeune athlète sud-africaine Caster Semenya survolait l’épreuve du 800 mètres, en pulvérisant son record personnel et en surclassant la tenante du titre, la Kenyane Janeth Jepkosgei, avec deux secondes d’avance. Une course magnifique…et trop belle pour être le fait d’une représentante du « sexe faible » ? Le soupçon enfle alors : et si Caster Semenya n’était pas une « vraie » femme ?

Ce cas médiatique a attiré fortement l’attention sur les « tests de féminité », ces pratiques humiliantes que les instances sportives internationales ont plus ou moins systématiquement fait subir aux femmes athlètes depuis les années 60 pour « certifier » leur sexe. Examens gynécologiques, tests chromosomiques et autres techniques médicales ont été mis au service d’une « police du genre » qui sert, en dernière instance, à reproduire une vision binaire et hiérarchique des sexes : en haut de l’échelle sportive, les hommes, forts et performants ; et en bas les femmes, que la « nature » empêchera toujours de rivaliser avec eux…

 

Mardi 19 mai 2015, 19h-21h

Mairie du 20ème arrondissement –  Salle du conseil – 6, place Gambetta, 75020 Paris

Entrée libre, dans la limite des places disponibles

Avec le soutien de

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Afrique du Sud | Eudy Simelane | foot | Foot for love | Les Dégommeuses | Lesbiennes | lesbophobie | solidarité internationale | Zanele Muholi | 28.04.2015 - 10 h 53 | 0 COMMENTAIRES
Afrique du Sud : Les autres survivants (in memory of Eudy Simelane)
Mally Simelane avec une photo de sa fille Eudy. Photo de Lindeka Qampi

Dans le vocabulaire glaçant et néanmoins codifié qui est utilisé pour décrire les crimes de haine en Afrique du Sud, le terme « survivors » sert à désigner les gays et les lesbiennes (plus souvent les lesbiennes) qui n’ont pas succombé aux coups et parfois aux sévices de leurs agresseurs. Il y a pourtant d’autres survivants dont on parle peu : les parents, les enfants, les proches de celles et ceux qui sont morts.

Mally et Khotso Simelane vivent toujours dans la même « match box house »[1] de KwaThema, où ils habitaient avec leur fille. Eudy était une véritable gloire dans le quartier : internationale de foot dans l’équipe des Banyana Banyana, elle fut l’une des premières personnalités connues à vivre ouvertement son homosexualité en Afrique du Sud. Le 27 avril 2008, Eudy Simelane fut retrouvée morte face à terre, le corps à moitié dénudé et marqué de 25 blessures à l’arme blanche.

Quand Zanele Muholi, Lindeka Qampi et moi-même avons poussé le petit portail en fer forgé, un jour d’octobre 2014, Mally était assise sur une chaise collée à l’un des murs de la petite cour derrière la maison, dans le menu rectangle d’ombre projeté  par le toit de l’habitation. Elle ne semblait pas étonnée d’avoir de la visite, ni de voir une inconnue en provenance d’Europe débarquer chez elle. Juste contente de nous montrer les archives patiemment constituées au cours du temps, réunissant des articles, des témoignages, et surtout des photos de sa seule fille. Sur le visage de Khotso Simelane, par contre, une grimace de surprise, voire de colère : « Comment pouvons-nous oublier, si vous revenez à chaque fois raviver la douleur ? ».

Khotso Simelane. Les photos de cet article sont de Lindeka Qampi

Khotso Simelane. Les photos de cet article sont de Lindeka Qampi

La difficile gestion du souvenir – et la non moins angoissante peur de l’oubli – ne sont pas le seul enjeu auquel sont confrontées les familles des victimes. Dans des quartiers, comme KwaThema, où le taux de chômage dépasse les 50%, la perte d’un membre actif de la famille représente un préjudice matériel majeur aussi bien qu’un drame personnel. Ce fut le cas, par exemple, pour les proches de Duduzile Zozo, une jeune lesbienne de 26 ans, retrouvée morte le 30 juin 2013, à quelques pas de chez elle, avec une brosse de toilette insérée dans le vagin. Dudu était la seule à travailler dans le foyer et sa disparition a laissé ses parents dans l’indigence, si bien que son enterrement a dû être retardé à cause de l’impossibilité pour la famille de payer les transports et les victuailles nécessaires à la cérémonie.

Mally Simelane a décidé d’honorer la mémoire de sa fille et de conjurer son propre chagrin en se battant pour tous les autres « survivants » : elle anime un groupe d’entraide pour les mères, participe aux funérailles hélas régulières d’autres lesbiennes tuées en raison de leur orientation sexuelle, prend la parole publiquement dès qu’elle le peut pour sensibiliser contre les violences à l’encontre des LGBTI. Elle tente également d’agir pour que les enfants des lesbiennes décédées puissent vivre dignement et bénéficier d’une éducation de qualité.

Hier, son mari et elle ont commémoré le septième anniversaire de la mort de leur fille. Un nouveau jour de deuil et d’évocations, de tristesse mais aussi de souvenirs arrachés à l’indifférence. A l’instar de ce jour d’octobre 2014 où nous lui avons rendu une visite inopinée. En nous raccompagnant vers la voiture, après une matinée passée à discuter, Khotso Simelane nous quittait sur ces paroles : « Je suis content de savoir qu’on se souvient de Eudy jusqu’en France, mais maintenant je vais passer toute la journée à penser à mon enfant. Je ne peux pas l’oublier ».

Veronica Noseda

[1] La « matchbox » est la principale unité d’habitation des townships, reproduite à l’infini le long des rues rectilignes des quartiers réservés aux Noirs. Il s’agit d’une maison de quatre pièces ayant une superficie de 40 mètres carrés. Elle est souvent complétée par des toilettes extérieures et des constructions additionnelles destinées à des locataires ou à d’autres membres de la famille.

foot | Foot féminin | Les Dégommeuses | Lesbiennes | lesbophobie | militantisme | sexisme | 30.01.2015 - 09 h 47 | 1 COMMENTAIRES
Agression sexiste et lesbophobe sur un un terrain de foot de la Ville de Paris
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Paris, le 30/01/2015

Communiqué conjoint Association Les Dégommeuses/ SOS homophobie

 

« Une équipe féminine de foot agressée par un entraîneur sur un terrain de la ville de Paris »

 

 

Le mercredi 28 janvier 2015, les joueuses de l’équipe féminine de football « Les Dégommeuses » ont été victimes d’actes et propos sexistes et lesbophobes au stade Louis Lumière, à Paris.

A 19h30 tapantes, une représentante des joueuses a demandé poliment à pouvoir occuper le terrain attribué aux Dégommeuses par la Mairie du 20ème arrondissement entre 19h30 et 21h. L’entraîneur d’une équipe de jeunes qui bénéficiait du créneau horaire précédent ne l’entendait pas de cette oreille. Après avoir intimé l’ordre aux jeunes qu’il encadrait de ne pas quitter le terrain, il est devenu de plus en plus agressif, passant aux insultes puis aux menaces physiques.

Choquées par son ton de voix particulièrement inadapté et ses mots grossiers, les joueuses ont d’abord demandé à l’entraîneur de se calmer en lui faisant remarquer qu’il donnait un mauvais exemple aux enfants dont il avait la charge. L’une d’entre elles a alors été violemment prise à partie verbalement : « Je vais te faire bouffer mes couilles dans ta bouche » (sic), tandis qu’une autre se faisait repousser physiquement. Puis l’entraîneur s’est tourné vers les jeunes sous sa responsabilité en les encourageant à se défouler : « allez, regardez, on applaudit les lesbiennes ! ». Cette exhortation a entraîné un déchaînement d’applaudissements collectifs, de cris et de railleries ciblant « les lesbiennes », sous l’œil visiblement satisfait de l’entraîneur, qui continuait lui-même de taper dans ses mains et de proférer des insultes.

La scène a duré plusieurs minutes avant qu’un agent de la municipalité n’intervienne.

L’association Les Dégommeuses, soutenue par SOS homophobie, exprime son choc et sa tristesse face à la gravité des faits qui se sont produits au Stade Louis Lumière, tout en soulignant que des actes similaires se déroulent trop régulièrement sur les terrains de sport sans faire l’objet d’un signalement.

En conséquence, Les Dégommeuses appellent les pouvoirs publics et l’ensemble des fédérations et instances sportives à renforcer urgemment les moyens engagés dans la lutte contre le sexisme et la lesbophobie (mais aussi la gayphobie, la biphobie, la transphobie et le racisme) dans le milieu sportif.

Elles réclament notamment la mise en place de plans de formation incluant des modules obligatoires sur le sexisme, les LGBT-phobies et les stéréotypes de genre, à l’intention des éducateurs, des dirigeants sportifs et des agents municipaux (hommes et femmes). Elles demandent également un renforcement du soutien accordé aux associations qui se consacrent au développement du sport féminin et aux actions de sensibilisation contre le sexisme et les LGBT-phobies.

Elles précisent enfin que la stigmatisation des jeunes impliqués ne serait en aucun cas une réponse valide à l’agression qu’elles ont subie, ceux-ci constituant les premières victimes de l’incompétence et de l’irresponsabilité de certains adultes.

foot | Foot féminin | Les Dégommeuses | militantisme | sexisme | sport | 15.01.2015 - 21 h 17 | 0 COMMENTAIRES
Rencontre-débat: Les pionnières du sport féminin
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L’association Les Dégommeuses a le plaisir de vous inviter à la première séance de son cycle de rencontres-débats  « Femmes, genre et sport »

Les pionnières du sport féminin: De la « Course des midinettes » en 1903 à l’essor du foot féminin dans les années 1970

 

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Alice Milliat et le combat pour la reconnaissance internationale du sport féminin

Suzette Robichon, militante féministe, membre des Dégommeuses

L’incroyable histoire des footballeuses du FCF Reims

Armelle Binard, Nadine Julliard et Ghislaine Royer-Souef, anciennes joueuses du FCF Reims et membres de la première équipe nationale de foot féminin.

 

L’entrée des femmes dans le sport a été aussi difficile que dans d’autres domaines. Paradoxalement, la mobilisation des hommes au combat durant la première guerre mondiale favorise pourtant le développement et l’intérêt pour le sport féminin en Europe. Des championnats nationaux de football féminin (mais aussi de basket, hockey, natation) sont mis en place en France, peu après la fin de la guerre. L’engouement est tel que le premier match international de foot féminin, qui oppose une formation anglaise de Preston (les Dick Kerr’s Ladies) et une sélection des meilleures joueuses françaises, déplace plus de 25 000 spectateurs à Manchester, le 29 avril 1920. Si la française Alice Milliat se consacre inlassablement à la légitimation du sport féminin sur la scène internationale, la pratique physique et sportive apparaît aux yeux de beaucoup comme un dangereux vecteur d’émancipation des femmes. Les résistances sont souvent masquées par de prétendues justifications médicales mais pas moins opérantes. Après une longue période de mise en sommeil (et d’interdiction formelle), le foot féminin connaît un renouveau à partir de 1968. Il est incarné par les exploits des joueuses du FCF Reims, qui vont constituer l’ossature de la toute première équipe de France officielle. Au départ, il ne s’agissait que d’une blague…

 

Mardi 27 janvier, 19h-21h

Mairie du 2ème arrondissement –  Salle des expositions – 8 Rue de la Banque, 75002 Paris

Entrée libre, dans la limite des places disponibles

Accès aux personnes sourdes et malentendantes (sur inscription à l’adresse lesdegommeuses@gmail.com)

 Avec le soutien de

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Les Dégommeuses | 15.10.2014 - 10 h 59 | 4 COMMENTAIRES
« We are ALL football people »: Match de solidarité avec les refugié-e-s LGBT

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Le réseau européen FARE – Football against racism in Europe – dont les Dégommeuses sont membres, organise chaque année les « Football People Action Weeks », deux semaines de mobilisation contre les discriminations dans le monde du football. Dans ce cadre, l’association Les Dégommeuses organise le 15 octobre un match de solidarité avec les refugié-e-s LGBT.

 

Fuir pour survivre

En 2014, l’homosexualité reste pénalisée – voire criminalisée – dans près de 80 pays sur 193. De fortes régressions ont notamment été observées en Afrique ces dernières années. Pour échapper à la prison, à l’ostracisation, aux violences et souvent aux risques qui pèsent sur leur vie même, chaque jour des gays, des lesbiennes, des bisexuel-le-s et des trans fuient leur pays en espérant trouver un refuge ailleurs ; de préférence dans des pays considérés comme plus avancés en matière de protection des droits des personnes LGBT. La grande majorité des Etats membres de l’Union Européenne ne produisent pas de statistiques sur le nombre de demandeurs d’asile LGBT. Il est donc impossible de fournir des informations précises sur le nombre de personnes concernées au sein de l’UE. Cependant, les informations issues des bases de données de trois pays (Belgique, Norvège et Royaume Uni) confirment que ce sont plusieurs milliers de personnes LGBT qui viennent chercher refuge en Europe chaque année.

 

La carte des droits LGBT (source ILGA adapté pour Wikipedia)

La carte des droits LGBT (source ILGA adapté pour Wikipedia)

 

Des discriminations cumulées

Malheureusement, leur arrivée en Europe ne coïncide pas toujours avec une sérénité retrouvée. En effet, ils éprouvent souvent de grandes difficultés pour faire reconnaître la réalité des persécutions subies dans leur pays d’origine en raison de leur orientation sexuelle et donc pour obtenir des papiers. Ils sont en outre régulièrement victimes de discrimination dans leur pays d’accueil, en tant que personnes migrantes et/ou en tant que personnes LGBT.

Depuis 2011, l’Union européenne reconnaît l’orientation sexuelle et l’identité de genre comme un motif de persécution. Le « rapport » « Fleeing homophobia »[1] établit néanmoins qu’il existe des différences considérables dans la manière dont les Etats Européens examinent les demandes d’asile des personnes LGBT, en fonction des contextes locaux, mais aussi des préjugés homophobes et stéréotypes de genre que reproduisent les institutions et agents étatiques préposés au traitement administratif de ces cas.

Ainsi, l’appréciation de la crédibilité, c’est-à-dire de l’authenticité du récit de la personne demandeuse d’asile, élément au cœur du dossier des réfugié-e-s LGBT, reste assez aléatoire, puisqu’elle repose encore trop souvent sur une représentation archaïque de l’homosexualité comme inversion du masculin et du féminin. Ainsi, les hommes qui n’ont pas des attitudes ostensiblement « efféminées » et les femmes dont le look ou la gestuelle ne sont pas particulièrement « masculines » (a fortiori lorsqu’ils et elles ont été marié-e-s et ont eu des enfants) ont parfois moins de chances de voir leur demande aboutir. Par ailleurs, il existe un risque d’essentialisation de l’homosexualité qui va à l’encontre de la réalité mouvante des trajectoires biographiques et sexuelles, dès lors que le récit que chacun-e doit délivrer au moment de sa demande doit apporter la « preuve » de l’homosexualité, notamment par des détails relatifs aux relations homosexuelles précédemment entretenues ou à la fréquentation de lieux de sociabilités homosexuels. Du reste, ces modes d’attestation de la preuve prennent très mal en compte le fait que les existences homo et bisexuelles sont condamnées au secret dans des pays où l’homosexualité est passible d’une condamnation pénale.

 

Le foot pour s’émanciper et faire solidarité

L’organisation de ce match de foot est destinée à la fois d’abord à alerter l’opinion sur le sort des demandeurs d’asile et sans-papiers LGBT en France et en Europe. Il s’agit également d’interpeller le mouvement sportif quant aux conditions d’accueil à mettre en oeuvre urgemment afin de favoriser la pratique sportive régulière des publics les plus défavorisés et les plus éloignés de celle-ci. Cette rencontre sportive nous offre par ailleurs un espace symbolique pour affirmer les valeurs du partage et de la diversité; et plus basiquement un espace de résistance par le plaisir pour faire face aux difficultés du quotidien.

 

[1]Spijkerboer, T. P. (2011). Fleeing Homophobia. Asylum Claims Related to Sexual Orientation and Gender Identity in Europe.

Foot féminin | Les Dégommeuses | sport | 23.09.2014 - 18 h 19 | 2 COMMENTAIRES
La fin du foot à papa ?
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Après la défaite du Real Madrid contre l’Atletico il y a 8 jours, l’entraîneur du Real, Carlo Ancelotti a mis en cause l’engagement de ses joueurs en se distinguant par cette remarque : « Football is not a game for señoritas » (« le foot n’est pas un sport de demoiselles »). Ironie du sort, cette sortie à caractère à la fois sexiste et homophobe intervient au lendemain d’une conférence organisée par la FIFA, en partenariat avec FARE (Réseau européen d’acteurs engagés contre les discriminations) et Fifpro (syndicat international des joueurs professionnels), dont le mot d’ordre était « Respect diversity ».

Si l’UEFA a souvent été décriée pour son conservatisme – un peu moins que son pendant intercontinental, la FIFA, mais quand même! – , force est de reconnaitre les changements récents impulsés par l’organisation. En 2013, l’UEFA avait sensiblement durci son dispositif de mesures à l’encontre des acteurs coupables d’actes et propos discriminatoires, et leur application est devenue plus systématique. La conférence qui se tenait à Rome les 10 et 11 septembre 2014 a permis d’enclencher une vitesse supérieure dans la quête d’un football européen plus inclusif, en tout cas en termes d’affichage politique. Ainsi Michel Platini a introduit la conférence en n’hésitant pas à affirmer : « Le football à papa, c’est fini ! » ; ceci avant que ne soit dévoilé le tout nouveau clip vidéo de la campagne UEFA « Respect », qui met en scène entre autres la footballeuse lesbienne Casey Stoney et l’ex-international de foot allemand sorti du placard récemment, Thomas Hitzlsperger.

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Michel Platini a prononcé un discours offensif en ouverture de la conférence

La première journée de la conférence a servi à mettre en lumière des bonnes pratiques déjà à l’oeuvre en Europe en matière de promotion de la diversité. Mais surtout elle a permis de pointer les avancées réalisées en matière d’intégration des femmes dans les sphères dirigeantes, avec une table-ronde exclusivement féminine. Les quatre invitées – parmi lesquelles figurait Karen Espelund, toute première femme nommée au sein du comité exécutif de l’UEFA en 2011 – ont vanté les nouveaux programmes de l’UEFA dédiés à la participation des femmes*. Mais elles ont aussi insisté sans faux-semblant sur la nécessité de passer du stade des belles déclarations à un véritable plan d’action avec des objectifs clairs à moyen terme.

La seconde journée de la conférence a été un peu plus décevante. Elle a débuté avec différents ateliers, dont l’un était consacré à la lutte contre l’homophobie (« Tackling homophobia »). Le fait qu’aucun représentant de club de haut niveau ou de fédération  nationale n’ait daigné assister à cet atelier en dit long sur la priorisation de ce combat à l’échelle européenne, même si les workshops organisés en parallèle étaient tous dignes d’intérêt. Les participants (essentiellement des représentants associatifs issus de la communauté LGBT) ont posé comme principale revendication que l’UEFA cesse d’utiliser le mot racisme pour désigner ĺ’ensemble des discriminations, estimant que l’on ne parviendrait pas à lutter efficacement contre l’homophobie si l’on continuait à hésiter sur les termes à employer pour la qualifier. Ce constat fait suite notamment aux sanctions qui ont été prononcées par l’UEFA contre le Bayern Munich après un match de Ligue des Champions au cours duquel des supporters allemands avaient déployé une banderole caricaturant Mesut Özil, un canon tourné vers son postérieur, avec la mention « Gay Gunners* » (« cannoniers gays »). En conséquence, le Bayern avait été enjoint de payer une amende de 10 000€ (seulement!) et la tribune d’où provenait la banderole avait été fermée au match de Ligue des Champions suivant. Des bannières de l’UEFA disant « Non au racisme » avaient alors été disposées dans les travées vides.

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La banderole des supporters du Bayern que l’UEFA avait dénoncée comme… « raciste » (mars 2014)

Après la mise en commun des conclusions des différents ateliers en séance plénière,  des joueurs professionnels étaient conviés à partager leur expérience et leur point de vue sur l’état de la lutte contre le racisme dans les stades de football principalement. Malheureusement, pas de présence féminine sur scène cette fois, juste un enregistrement vidéo avec Laura Georges, la joueuse de du PSG et de l’équipe de France. Le peu d’attention dont jouit encore le foot féminin a, de fait, été l’objet de débat. En effet, comme l’ont rappelé les Dégommeuses dans une question adressée au représentant de la UEFA sur scène, la focale portée sur la présence des femmes dans les instances dirigeantes n’épuise pas la question de l’invisibilité et du déficit de reconnaissance des femmes dans le monde du football. Et la concentration des efforts symboliques et financiers sur le foot masculin dans la lutte contre les discriminations est un symptôme de ce manque de reconnaissance toujours patent, qui s’accommode parfaitement de la reproduction des stéréotypes de genre (cf. l’idée la femme « par nature » non violente et inoffensive). L’interview vidéo de Laura Georges, qui était focalisée essentiellement sur les craintes que celle-ci pouvait ressentir en tant que mère face aux débordements racistes et violents des supporters, était décevante de ce point de vue.

Malgré la table-ronde 100% féminine : "Why equality matters?", le foot féminin n'a été que peu abordé pendant la conférence

Malgré la table-ronde 100% féminine : « Why equality matters? », le foot féminin n’a reçu que peu d’attention à Rome

La « fin du foot à papa » n’est certainement pas pour demain. Pour l’heure, il est temps qu’une véritable politique de promotion du foot féminin et de lutte contre les discriminations visant aussi les actrices et acteurs du foot féminin soit mise en place. Car non, le racisme, l’homophobie, et même le sexisme, n’existent pas que dans le foot masculin. De façon plus générale, il serait opportun que l’UEFA et l’ensemble des fédérations nationales encouragent et accompagnent plus fortement la mobilisation des acteurs et actrices oeuvrant à la base de la pyramide pour faire une place aux minorités les plus opprimées (les réfugiés, les pauvres, etc.), sur et en dehors des terrains de foot, en inventant des dispositifs novateurs pour lever les freins à la pratique sportive ou en faisant un travail de sensibilisation de proximité.

Cécile Chartrain

* Voir en particulier le programme « Women’s Leadership », destiné à accélérer l’accès des femmes aux postes à responsabilité dans les fédérations nationales.

** Les « Gunners », c’est le surnom traditionnellement donné aux joueurs d’Arsenal.

 

 

Les Dégommeuses | 25.06.2014 - 15 h 03 | 3 COMMENTAIRES
Le Glam-Match: des paillettes et des crampons contre la lesbophobie et la transphobie
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Le 15 juin dernier, Les Dégommeuses et l’équipe TSG, issue de l’association trans Acceptess-T, se sont rencontrées pour le match le plus glam de l’année: des paillettes, des crampons et de la bonne humeur pour être visibles dans l’espace public et dire non à la lesbophobie et à la transphobie. C’était un peu notre coupe du monde à nous. Alors, en guise de souvenir, voici en mots et en images le discours de Dürtal qui a lancé le match !

(photo de CM Chergui)

Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères, mes bien chèr.e.s autres,
Nous, garçons manqués, filles à fille, gouines-garou, reines de beauté, travelottes, transfabulosités, princesses le jour, escorts d’une nuit, putes pour la vie, garçons par choix, moustachus de la dernière pluie, hommes au bout du bistouri, cabots, licornes et sirènes, sommes réuni.e.s aujourd’hui pour célébrer nos survies et nos vies face à la lesbophobie et à la transphobie.
A vous, Manif pour tous, réactionnaires de tous bords, cathos tradi, fachos mal décatis, législateurs obtus, médecins experts de mon cul, parents rejetants, voisins médisants, nous vous adressons un grand FUCK nourri de nos armes les plus fatales : notre humour, notre joyeuse rage d’exister, et notre beauté à toute épreuve.

Car si je suis sifflé dans le métro, si tu es mise à la rue à 18 ans, si elle est poignardée sur son lieu de travail : nous répondons que la révolution se fera en talons, ou en crampons, et surtout avec une demi-tonne de paillettes et d’autodérision !

Je suis Dürtal von Pétale votre présentatrice hystérique pour ce glam-match au sommet, dont je vous rappelle les règles : pas de hors-jeu, pas de tacles et beaucoup d’amitié. Et je vous demande d’applaudir notre mystérieuse arbitre de touffe, notre belle et rebelle arbitre de terrain, et maintenant nos deux fabuleuses équipes :
les merveilleuses Dégommeuses et les endiablé.e.s du TSG !!

foot | Les Dégommeuses | militantisme | 01.03.2014 - 16 h 50 | 0 COMMENTAIRES
Open Games in Russia: LGBT propaganda
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Out Games in Russia: LGBT propaganda

Propaganda #1: Nastya, organizer

 

Propaganda #2: Tanja, organizer

Propaganda #2: Tanja, organizer

Propaganda #2: Yulia, organizer

Propaganda #3: Yulia, organizer

Propaganda #: Elena, player

Propaganda #4 : Elena, player

Propaganda #7: Yulia, referee

Propaganda #5: Yulia, referee

Propaganda #8: Irina, player

Propaganda #6: Irina, player

Propaganda: Cyril, volunteer

Propaganda #7 : Cyril, volunteer

Les Dégommeuses | 28.02.2014 - 11 h 03 | 3 COMMENTAIRES
Open Games à Moscou : ces archives LGBT qu’on ne saurait montrer
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Pour aller chez Elena Goussiatinskaia, il faut traverser toute la périphérie nord de Moscou. Son appartement, dans un grand immeuble en briques, abrite un trésor : les archives lesbiennes et gays qu’elle et ses ami-e-s ont patiemment constituées depuis le début des années 90. La perestroïka, avec ses promesses d’ouverture, avait en effet marqué le début d’une très grande effervescence dans le milieu homosexuel. Des revues gays et lesbiennes, parfois imprimées artisanalement, avaient vu le jour, et même les journaux généralistes commençaient à s’intéresser aux questions liées à la sexualité. C’était l’époque, nous dit Elena, où « nous croyions encore que l’information et l’éducation feraient reculer l’homophobie ». Les archives étaient donc une façon de contribuer à l’écriture d’une histoire collective mais aussi de mettre à disposition du public et des chercheurs ces matériaux dans une salle de lecture à domicile – qui aujourd’hui se trouve dans l’appartement d’Elena.

Vivantes, ces archives le sont toujours. Hier soir, comme tous les mois, une dizaine de gays et de lesbiennes de Moscou sont venu-e-s emprunter des bouquins  et discuter de l’actualité culturelle et politique – « La vie d’Adèle » fait débat en Russie aussi !

Hier, nous  avons donc discuté pendant des heures, en mangeant des blinis à la confiture de pommes et en buvant du café turc. J’ai pris des dizaines de photos et de vidéos du lieu, des gens, des documents, mais je ne vous les montrerai pas.

Je ne vous montrerai pas le cœur des archives, la « salle de consultation » et sa bibliothèque avec vitrine où sont classés les ouvrages littéraires et les essais traitant de l’homosexualité.

Je ne vous montrerai pas les boîtes dans lesquelles sont rangées les coupures de presse, véritable mine d’or pour qui aura envie de s’y pencher.

Je ne vous montrerai pas les couvertures érotiques des magazines gays, ni les poèmes lesbiens imprimés à l’alcool qu’Elena a disposés avec soin sur le couvercle de son piano pour que je les photographie.

Je ne vous montrerai pas non plus le registre sur lequel Elena note mois après mois les noms des dizaines de personnes qui, souvent informées par le bouche à oreille, ont participé aux soirées de discussion.

Je ne vous montrerai pas, enfin, l’accolade entre Elena et l’un de ses amis qui avait participé à la constitution des archives, de passage à Moscou après vingt ans d’exil au Canada.

Je ne vous montrerai pas tout ça parce que, comme le dit Elena, « si on découvre que j’ai tout ça ici, chez moi, il pourrait y avoir des bandes de fachos qui voudront tout saccager, brûler les documents, jeter par la fenêtre les archives. Et ma mission, que j’ai envie de bien faire, est de préserver ces archives ». C’est aussi ça, la Russie de Poutine.

Une photo, une vieille photo, j’ai quand même envie de vous la montrer. C’est un hommage à Elena et à ses magnifiques compagnonnes de route qui se sont battues et continuent à se battre pour faire vivre la mémoire des LGBT russes.

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PS : Hier, premier jour de compétitions. Une femme trans, l’une des premières athlètes trans à être visibles en Russie, a gagné la médaille d’or au tennis de table. L’atelier de patinage artistique, animé par Konstantin, a été annulé après une demie heure seulement pour des « problèmes techniques » à la patinoire. Les patrons du lieu ont admis avoir eu un appel de signalement parce que « des individus étranges » étaient sur la glace.

foot | Les Dégommeuses | militantisme | 27.02.2014 - 11 h 06 | 1 COMMENTAIRES
Ouverture des Open Games à Moscou : cette cérémonie sans applaudissements…
Pas d'applaudissements pour ne pas attirer l'attention

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(English below)

Quelques heures avant le début de la Cérémonie d’ouverture des Open Games, alors que la délégation française survolait encore les bois de bouleaux recouverts de neige, la fédération sportive LGBT russe vivait l’enfer : plus de la moitié des sites sportifs déclaraient forfait, l’hôtel censé accueillir une quarantaine d’athlètes LGBT venus de toute la  Russie faisait savoir qu’il annulait la réservation parce que « un groupe d’enfants était logé à l’hôtel » et même le lieu de déroulement  de la cérémonie, réservé depuis des semaines, n’était finalement plus disponible. Ainsi va la vie des lesbiennes, gays, trans dans la Russie de Poutine. Une vie de sous-entendus sournois, de harcèlement policier, de pressions gouvernementales, mais aussi de solidarité communautaire et de détermination sans faille pour continuer à résister et être visibles. « Ces jeux auront bien lieu », déclaraient donc hier Konstantin Iablotski et Viktor Romanov, les fondateurs de la Fédération sportives gay et lesbiennes russe, lors de la cérémonie d’ouverture improvisée au sous-sol d’un bar du centre ville de Moscou. Une cérémonie, il faut le souligner, qui avait l’allure d’une rencontre clandestine : non seulement elle avait lieu derrière un épais rideau surveillé, mais les applaudissements y étaient interdits, par peur d’attirer l’attention des autres clients du bar. C’est en secouant les mains en l’air que le public muet a exprimé tout au long de la soirée sa grande émotion et le bonheur d’être là.

Pas d'applaudissements pour ne pas attirer l'attention

Pas d’applaudissements pour ne pas attirer l’attention

Parmi les moments forts de la cérémonie, le déploiement du drapeau arc-en-ciel amené depuis la France par la délégation de Paris 2018, qui accueillera les Gay Games dans quatre ans. Ce même drapeau avait traversé Paris et Rennes lors du Relais pour l’Egalité qui avait été organisé en correspondance de l’ouverture des Jeux de Sotchi. Elvina Yuvakaeva, l’une des organisatrices de Open Games, a remercié la trentaine de personnes venues de l’étranger en signe de solidarité avec la communauté LGBT russe, soulignant que « les soutiens internationaux ont été et continuent à être déterminants » dans l’organisation des Open Games et dans la bataille pour les droits des LGBT en Russie.*

La délégation de Paris 2018 avec le drapeau arc-en-ciel du relais pour l’égalité

Le clou de la cérémonie à été l’arrivée sur scène de Greg Louganis. Le plurimédaillé olympique, ouvertement gay et séropositif, a salué le courage et la ténacité de ses  hôtes et a lu une lettre qu’il a écrite à son « soi » âgé de 16 ans. « Je sais que tu ne me crois pas, mais les choses vont s’améliorer, et que ces années noires vont être derrière toi » a-t-il affirmé, ému, évoquant notamment une tentative de suicide à l’adolescence.  « Tu vas tomber plusieurs fois, mais tu vas te relever,  tu vas aimer ta vie et les gens qui la partageront avec toi », a-t-il conclu devant des dizaines de mains levées en signe d’émotion partagée. Un message d’espoir dont ont bien besoin les jeunes LGBT russes aujourd’hui.

(Translation: Mark Naimark for gaygames.org)

A few hours before the start of opening ceremony of the Russian Open Games, while the French delegation was still flying over the snow-covered birch forests, the Russian LGBT Sports Federation was going through hell. More than half the sports venues had canceled. The hotel that was supposed to house forty athletes from all over Russia canceled as well, giving the excuse that “a group of children was staying at the hotel”. Even the club where opening ceremony was to take place, which had been reserved for several weeks, was “no longer available”.

This is the life of LGBTs in Putin’s Russia. A life of nasty suggestions, of police harassment, of government pressure. But also a life of community solidarity and steadfast determination to continue to resist and to remain visible. “The games will take place”, assured Konstantin Yablotskiy and Viktor Romanov, founders of the Russian LGBT Sports Federation at the opening ceremony, organized at the last minute in the basement of a bar in the center of Moscow. A ceremony that seemed more like a clandestine meeting: behind a thick curtain, carefully monitored to prevent outsiders from entering, no applause, lest it draw attention from the other patrons of the bar. Those present adopted the deaf form of applause, turning their upraised hands, to express throughout the evening their emotion and happiness at being present.

Among the highlights of the ceremony, the presentation of the rainbow flag brought from France by Paris 2018, host of the tenth edition of the Gay Games. This same flag had been carried through Paris and other cities in France as part of the Remote Pride House “Relays for Equality” organized by the Réseau Egalité in solidarity with Sochi. Elvina Yuvakaeva, chair of the ROG, thanked the thirty-odd foreigners present for their solidarity with the Russian LGBT community. She stated that “international support has been and continues to be essential” in the organization of the ROG and the defense of LGBT rights in Russia.

But the most silent applause was for Greg Louganis. The multimedal Olympic divers, gay and HIV-positive, saluted the courage and tenacity of our hosts. He read a letter he wrote to himself at age 16 (read it here): “I know you won’t believe me, but it will get better, and these dark years will soon be behind you”, moved as his spoke of a teenage suicide attempt. “You will fall and fall again, but you’ll pick yourself up. You will love life and the people who share it with you,” he concluded to the sight of dozens of hands raised in silent applause for a message of hope to be heard by young Russian LGBTs today.

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