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Foot For Love
Taclons la lesbophobie!
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Foot féminin | Les Dégommeuses | sport | 23.09.2014 - 18 h 19 | 2 COMMENTAIRES
La fin du foot à papa ?

Après la défaite du Real Madrid contre l’Atletico il y a 8 jours, l’entraîneur du Real, Carlo Ancelotti a mis en cause l’engagement de ses joueurs en se distinguant par cette remarque : « Football is not a game for señoritas » (« le foot n’est pas un sport de demoiselles »). Ironie du sort, cette sortie à caractère à la fois sexiste et homophobe intervient au lendemain d’une conférence organisée par la FIFA, en partenariat avec FARE (Réseau européen d’acteurs engagés contre les discriminations) et Fifpro (syndicat international des joueurs professionnels), dont le mot d’ordre était « Respect diversity ».

Si l’UEFA a souvent été décriée pour son conservatisme – un peu moins que son pendant intercontinental, la FIFA, mais quand même! – , force est de reconnaitre les changements récents impulsés par l’organisation. En 2013, l’UEFA avait sensiblement durci son dispositif de mesures à l’encontre des acteurs coupables d’actes et propos discriminatoires, et leur application est devenue plus systématique. La conférence qui se tenait à Rome les 10 et 11 septembre 2014 a permis d’enclencher une vitesse supérieure dans la quête d’un football européen plus inclusif, en tout cas en termes d’affichage politique. Ainsi Michel Platini a introduit la conférence en n’hésitant pas à affirmer : « Le football à papa, c’est fini ! » ; ceci avant que ne soit dévoilé le tout nouveau clip vidéo de la campagne UEFA « Respect », qui met en scène entre autres la footballeuse lesbienne Casey Stoney et l’ex-international de foot allemand sorti du placard récemment, Thomas Hitzlsperger.

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Michel Platini a prononcé un discours offensif en ouverture de la conférence

La première journée de la conférence a servi à mettre en lumière des bonnes pratiques déjà à l’oeuvre en Europe en matière de promotion de la diversité. Mais surtout elle a permis de pointer les avancées réalisées en matière d’intégration des femmes dans les sphères dirigeantes, avec une table-ronde exclusivement féminine. Les quatre invitées – parmi lesquelles figurait Karen Espelund, toute première femme nommée au sein du comité exécutif de l’UEFA en 2011 – ont vanté les nouveaux programmes de l’UEFA dédiés à la participation des femmes*. Mais elles ont aussi insisté sans faux-semblant sur la nécessité de passer du stade des belles déclarations à un véritable plan d’action avec des objectifs clairs à moyen terme.

La seconde journée de la conférence a été un peu plus décevante. Elle a débuté avec différents ateliers, dont l’un était consacré à la lutte contre l’homophobie (« Tackling homophobia »). Le fait qu’aucun représentant de club de haut niveau ou de fédération  nationale n’ait daigné assister à cet atelier en dit long sur la priorisation de ce combat à l’échelle européenne, même si les workshops organisés en parallèle étaient tous dignes d’intérêt. Les participants (essentiellement des représentants associatifs issus de la communauté LGBT) ont posé comme principale revendication que l’UEFA cesse d’utiliser le mot racisme pour désigner ĺ’ensemble des discriminations, estimant que l’on ne parviendrait pas à lutter efficacement contre l’homophobie si l’on continuait à hésiter sur les termes à employer pour la qualifier. Ce constat fait suite notamment aux sanctions qui ont été prononcées par l’UEFA contre le Bayern Munich après un match de Ligue des Champions au cours duquel des supporters allemands avaient déployé une banderole caricaturant Mesut Özil, un canon tourné vers son postérieur, avec la mention « Gay Gunners* » (« cannoniers gays »). En conséquence, le Bayern avait été enjoint de payer une amende de 10 000€ (seulement!) et la tribune d’où provenait la banderole avait été fermée au match de Ligue des Champions suivant. Des bannières de l’UEFA disant « Non au racisme » avaient alors été disposées dans les travées vides.

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La banderole des supporters du Bayern que l’UEFA avait dénoncée comme… « raciste » (mars 2014)

Après la mise en commun des conclusions des différents ateliers en séance plénière,  des joueurs professionnels étaient conviés à partager leur expérience et leur point de vue sur l’état de la lutte contre le racisme dans les stades de football principalement. Malheureusement, pas de présence féminine sur scène cette fois, juste un enregistrement vidéo avec Laura Georges, la joueuse de du PSG et de l’équipe de France. Le peu d’attention dont jouit encore le foot féminin a, de fait, été l’objet de débat. En effet, comme l’ont rappelé les Dégommeuses dans une question adressée au représentant de la UEFA sur scène, la focale portée sur la présence des femmes dans les instances dirigeantes n’épuise pas la question de l’invisibilité et du déficit de reconnaissance des femmes dans le monde du football. Et la concentration des efforts symboliques et financiers sur le foot masculin dans la lutte contre les discriminations est un symptôme de ce manque de reconnaissance toujours patent, qui s’accommode parfaitement de la reproduction des stéréotypes de genre (cf. l’idée la femme « par nature » non violente et inoffensive). L’interview vidéo de Laura Georges, qui était focalisée essentiellement sur les craintes que celle-ci pouvait ressentir en tant que mère face aux débordements racistes et violents des supporters, était décevante de ce point de vue.

Malgré la table-ronde 100% féminine : "Why equality matters?", le foot féminin n'a été que peu abordé pendant la conférence

Malgré la table-ronde 100% féminine : « Why equality matters? », le foot féminin n’a reçu que peu d’attention à Rome

La « fin du foot à papa » n’est certainement pas pour demain. Pour l’heure, il est temps qu’une véritable politique de promotion du foot féminin et de lutte contre les discriminations visant aussi les actrices et acteurs du foot féminin soit mise en place. Car non, le racisme, l’homophobie, et même le sexisme, n’existent pas que dans le foot masculin. De façon plus générale, il serait opportun que l’UEFA et l’ensemble des fédérations nationales encouragent et accompagnent plus fortement la mobilisation des acteurs et actrices oeuvrant à la base de la pyramide pour faire une place aux minorités les plus opprimées (les réfugiés, les pauvres, etc.), sur et en dehors des terrains de foot, en inventant des dispositifs novateurs pour lever les freins à la pratique sportive ou en faisant un travail de sensibilisation de proximité.

Cécile Chartrain

* Voir en particulier le programme « Women’s Leadership », destiné à accélérer l’accès des femmes aux postes à responsabilité dans les fédérations nationales.

** Les « Gunners », c’est le surnom traditionnellement donné aux joueurs d’Arsenal.

 

 

LES réactions (2)
La fin du foot à papa ?
  • Par lesdegommeuses 23 Sep 2014 - 19 H 36

    Hey, merci beaucoup pour la coquille signalée sur Laura Georges ! Le post a été relayé trop vite; j’avais pas eu le temps de le relire…
    Je suis d’accord avec toi pour l’UEFA; au début j’avais fait un papier un peu plus complaisant d’ailleurs. Bon du coup, j’ai intégré ta remarque en faisant les dernières corrections.
    A bientôt

     
  • Par sofff 23 Sep 2014 - 18 H 40

    Merci pour ce compte-rendu complet. On est encore loin du compte mais j’ai l’impression que l’UEFA est plus en avance que la FIFA sur ces sujets non? (ça serait pas difficile vous me direz..)
    (et sinon, Laura Georges est au PSG maintenant 😉 )

     
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