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Foot For Love
Taclons la lesbophobie!
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Les Dégommeuses | 09.06.2015 - 09 h 30 | 2 COMMENTAIRES
Les Dégommeuses dans le journal l’Equipe!

A l’occasion de la Coupe du Monde de Foot, qui s’est ouverte au Canada le 6 juin au Canada, les Dégommeuses ont publié une tribune sur le sexisme et la lesbophobie dans le foot féminin intitulée « Le sexisme toujours pas hors jeu » (elle aurait pu aussi s’appeler « Le sexe du foot » ou « Le tacle du vagin »). Merci à l’Equipe qui a accepté de publier telle quelle notre prise de position, consultable sur le site du journal

 

Du 6 juin au 5 juillet, 24 équipes de foot, venues de tous les continents, vont s’affronter au Canada. Une Coupe du Monde, en somme. Pas tout à fait. A une chaîne de télévision suédoise, qui souhaitait diffuser les matchs en intitulant son programme « Coupe du Monde de football », la FIFA a répondu qu’il n’en était pas question. Le label « Coupe du Monde » est réservé aux hommes. Pour la compétition à venir, il convient de parler de « Coupe du Monde féminine ». Un exemple parmi d’autres d’une certaine imposture.

Le football, ce sport qu’on dit le plus populaire, accessible et universel de la planète, est un terrain sur lequel les femmes ne sont toujours pas considérées comme pleinement légitimes.

Rien de nouveau. Dans les discours d’abord. En 1965, le directeur de la Fédération Française de Football expliquait : « Le football ne s’adresse, à notre sens, qu’à la gent masculine ». Propos d’une autre époque ? Pas vraiment. En 2014, Carlo Ancelotti, alors entraîneur du Real Madrid, affirmait en conférence de presse : « Le football n’est pas un sport de demoiselles ».

Si cela s’arrêtait aux mots. Mais les fédérations de nombreux pays ont aussi interdit aux femmes de pratiquer le football pendant des décennies. Lorsqu’à la fin des années 60, la plupart s’y sont résolues, elles ont veillé à ne pas leur accorder les mêmes privilèges qu’aux hommes. Cette année, la Coupe du Monde se disputera sur gazon artificiel malgré les risques de blessure accrus. Les terrains d’Amérique du Nord sont, climat oblige, souvent en turf. Mais lors de grandes compétitions masculines, celui-ci a été recouvert de pelouse naturelle. Autre exemple de traitement inégalitaire: en 2012, l’équipe de femmes japonaise, championne du monde sortante, s’est rendue aux Jeux Olympiques de Londres en classe économique, alors que l’équipe masculine, qui n’avait jamais dépassé les huitièmes de finale, voyageait en classe affaires. Les différences de salaires et de primes restent quant à elles abyssales. La récompense promise aux joueuses du PSG en cas de victoire en Ligue des Champions était de 5000 euros contre 1 million pour leurs confrères. Par ailleurs, dans l’histoire du Parc des Princes, on a recensé seulement deux matchs officiels entre femmes.

C’est précisément sur cette question de l’occupation de l’espace que se cristallisent les enjeux dans le monde amateur. Dès leur plus jeune âge, les filles sont tenues à l’écart des terrains. Ceux des cours de récréation, où il demeure si compliqué pour elles de s’immiscer dans le jeu, ceux des stades municipaux, dont l’immense majorité des créneaux est octroyée aux équipes de garçons. Railleries, insultes sexistes, refus de libérer le terrain voire jets de projectiles, les Dégommeuses peuvent témoigner de la réticence des garçons à partager la place avec les filles.

Sur quoi peut bien reposer cette terreur de voir des femmes taper dans un ballon?

Serait-ce la crainte de la concurrence? Car le foot est, aussi, un magot à se partager. Ce qui est versé aux femmes n’ira pas aux hommes, et inversement. Quand, en 2012, le FC Santos décide de garder Neymar, il supprime le financement de la section féminine. Quand, au club d’Ebersmunster, en Alsace, les femmes évoluent en nationale alors que les hommes jouent au niveau départemental, face au mécontentement de certains, la section féminine est dissoute*.

Serait-ce aussi la peur de voir se brouiller la différence entre filles et garçons ? On pourrait le penser, à entendre l’ex président de la FIFA Sepp Blatter suggérer que les sportives s’habillent avec « des vêtements plus féminins », des « shorts plus moulants »… qu’elles fassent plus filles, en gros. Ce besoin de se rassurer sur la féminité des joueuses va de pair avec une stigmatisation des joueuses lesbiennes. La présidente de la Ligue féminine nigériane a ainsi déclaré en 2013 : « Toute joueuse auteure d’acte de lesbianisme sera renvoyée de son équipe et de la sélection nationale ». Tout récemment, le président de la Ligue amateure italienne a signifié son mépris du foot féminin en disant qu’il fallait arrêter de subventionner celui-ci dès lors qu’il ne serait pratiqué que par « une poignée de lesbiennes ». Et quand on n’exclut pas les lesbiennes, on les incite à se cacher: aucune joueuse française de premier plan, en activité, n’a fait sont coming out. Voilà au moins un point d’égalité avec les collègues masculins.
Face à toutes ces résistances, une bonne nouvelle, pourtant. Le jeu FIFA 16, lui, évolue. Pour la première fois, il inclura des équipes nationales de femmes. C’est un immense progrès…Dans le monde virtuel!

*Exemple rapporté dans l’ouvrage Football féminin, la femme est l’avenir du foot, d’Audrey Keysers et Maguy Nestoret Ontanon (Ed. Le Bord de l’eau)

LES réactions (2)
Les Dégommeuses dans le journal l’Equipe!
  • Par gwen 10 Juin 2015 - 16 H 33
    Photo du profil de gwen

    Vous êtes parfaites !!

     
  • Par cat 09 Juin 2015 - 11 H 48
    Photo du profil de cat

    la classe !

     
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