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Foot For Love
Taclons la lesbophobie!
foot | La p'tite Blan | Les Dégommeuses | militantisme | prison | Sidaction | sport | 15.07.2013 - 15 h 34 | 6 COMMENTAIRES
Sidaction 2013: les Dégommeuses entrent en prison

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Dans le cadre du Sidaction 2013, un tournoi de foot a été organisé dans plusieurs établissement pénitentiaires d’Ile-de-France. Une occasion pour parler de prévention et pour faire entrer à l’intérieur des prisons une opération de sensibilisation et collecte nationale. Les Dégommeuses ont pris part en tant que bénévoles à deux de ces tournois, à Nanterre et à Meaux. Voici le récit et les photos de Bettina Blanc-Penther. 

Les Dégommeuses à Meaux

Nanterre. On traverse une université. Qu’est-ce qu’on apprend dans les amphithéâtres ? Tout au long de ces couloirs où, derrière chaque porte, une même salle accueille la même envie de s’en sortir ; pour ne pas finir là-bas, juste à coté, dans la prison de Nanterre. Dans ces salles aux faux plafonds défoncés, les élèves se tiennent pourtant la tête. Ils baillent et s’endorment, bercés par le va-et-vient de leur attention, qui les fait se relever de leur chaise toutes les dix minutes. Le soir, quand ils rentreront chez eux et qu’ils reliront leurs notes, ils se demanderont parfois pourquoi… pourquoi, à un moment de leur journée, ils ont cru nécessaire de noter les quelques lignes qu’ils ont maintenant du mal à déchiffrer sur leurs cahiers. Ils doutent depuis toujours. Ils ne savent pas que faire de leur vie, ni ce qui les a amenés à opter pour telles études plutôt que telles autres. A vingt ans, on s’ennuie. On sait juste qu’on a de la chance. La chance d’être né là plutôt que quelques kilomètres plus loin. Ces quelques pas de différence qui nous ont permis d’aller à l’université plutôt que de nous retrouver là-bas, derrière des portes qui semblent avoir été fabriquées pour la simple fonction de se fermer.

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Que dire de cette chance, sinon qu’elle est injuste ? Elle nous gêne, elle nous dégoûte presque, et l’on ne sait pas ce qu’il faut en faire. Alors par facilité, on la confie à un autre que l’on met au pouvoir et qui nous dira, lui, que faire de tout ça. Chacun écoute parce qu’il ne veut pas parler, écoute cet autre qui nous dit à quoi doivent ressembler un homme ou une femme , quelle devrait être la place des immigrés en France aujourd’hui, ou ce qu’il faut penser des commutations de peine pour les détenus Par paresse et par crainte, on apprend très bien à imiter ce à quoi il faut ressembler. Ainsi, on peut faire semblant d’étudier, on peut faire semblant de travailler, parce qu’on sait à quoi doit ressembler un étudiant ou un travailleur.

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Mais les prisonniers eux, que font-ils? Dans ces quelques mètres carrés ou il n’y a rien à faire, comment faire semblant d’être un homme ? Eux aussi on vingt ans. Eux aussi se demandent ce qu’ils vont devenir dans un endroit ou l’ennui est la principale occupation. Pourtant, quand on arrive sur le terrain de foot, ce sont eux qui rient et nous qui avons peur. Plus tard, ils nous demanderont pourquoi on baissait les yeux en arrivant. Très vite on a envie de se mélanger, on enfile tous les chasubles de Sidaction et les passes font vite office de paroles. Bientôt les équipes sont formées et le coup d’envoi est donné. On ne sait pas où se mettre par ce qu’ils sont forts, qu’ils courent trop vite. Mais on se prend au jeu, on court avec eux, on ne pense plus à rien d’autre que de faire progresser la balle dans le camp adverse. On se rappelle ces parties de foot où, enfant, on tâtait la balle avec ces grands cousins qui nous semblaient imbattables. On ne touche presque pas le ballon et l’on enrage quand il nous file entre les pieds. Les gaillards continuent à nous faire des passes malgré tout. Mais le temps file et à 17h, il est déjà l’heure de la douche. On échange des remerciements avant de rentrer par le couloir central, qui résonne désormais des plaisanteries des joueurs. Eux prennent la porte de droite. Nous celle de gauche.

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Et c’est à ce moment qu’on réalise que la douche qu’ils vont prendre sera leur deuxième et dernière de la semaine, qu’ils ne rentreront pas chez eux en RER, comme nous, et qu’on ne rejouera plus jamais ensemble… parce que quelque part  – on ne sait où, ni pourquoi, ni comment -une différence infime s’était glissée entre nous.

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« Le foot c’est une simulation de normalité. Dans la demi-heure où tu joues, tu as l’impression de faire une chose qu’on fait aussi dehors, une chose qui n’est pas entièrement déformée par la prison. Mais à la fin du match la réalité reprend le dessus, et quand on te renferme à plusieurs tours de clés, tu es laissé à ta propre nostalgie.

Adriano Sofri, intellectuel et journaliste italien condamné à 22 années de prison.

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